Succès total pour le premier Concert contre le Cancer

Les Heyman’s tribute des Beatles, sur la scène du Chabada (photo Arnaud Gaudin)

Énorme, génial, topissime, un concert de ouf … les superlatifs ne manquent pas sur les réseaux sociaux au lendemain du concert de solidarité envers les hommes touchés par un cancer, organisé par la toute jeune association « Cancer Osons ! ».  Ils étaient près d’un millier, ce vendredi 16 novembre, à vibrer aux rythmes des Beatles, Pink Floyd et Supertramp, dans la salle du Chabada, pleine comme un œuf, à Angers.

Ils n’avaient pas encore vingt ans quand quatre garçons dans le vent, venus de Liverpool (Angleterre) chantaient « Get back », « Hey Jude » ou encore « Let it be ». Aujourd’hui soixantenaires et pour trois sur cinq touchés par un cancer de la prostate, ou proches d’un malade, ils se souviennent encore de ces années d’insouciance, marquées par les mouvements contestataires de 1968.

L’association « Cancer Osons ! », créée en juin 2018, soit cinquante ans plus tard, leur a donné l’occasion en pleine période de « Movember », – opération qui braque chaque année, en novembre, les projecteurs sur les cancers masculins -, de revivre cette époque que d’aucuns envient. C’était l’objectif du « Concert contre le Cancer » organisé les 16 novembre dans la salle du Chabada, la scène des musiques actuelles d’Angers, qui accueillait une fois n’est pas coutume, des groupes « tribute », des formations musicales qui rendent hommages aux groupes rocks légendaires des 70s. Ces dernières, de plus en plus nombreuses en France et dans le monde, reprennent à la virgule et à la note près, quand ce n’est pas la voix ou la gestuelle des chanteurs, les titres les plus célèbres de ces groupes mythiques.

« Ce n’est pas notre public habituel, mais ça lui permettra au moins de connaitre le Chabada et de lui donner envie de revenir voir des groupes plus actuels », disait François Jonquet le Directeur de la salle Angevine en assistant à ce spectacle. Venus pour la plupart d’Angers, mais aussi des autres départements des Pays de la Loire, de Bretagne et même du Centre et de l’Ile de France, près d’un millier de personnes avaient fait le déplacement pour participer à ce grand élan de générosité, – l’objectif étant de récolter des fonds pour apporter un soutien aux associations qui aident les personnes touchées par un cancer masculin, prostate et testicules –, et revivre l’espace d’une soirée ces moment de liberté qui ont marqué leur jeunesse.

« Je n’ai pas connu ces groupes sur scène, mais je les ai souvent entendus à la maison. J’avais envie de vivre cette ambiance que m’ont communiqué mes parents », disait un trentenaire qui se trémoussait aux rythmes des musiques des Beatles, interprétés magistralement par le groupe familial The Heyman’s, Pink Floyd par The RoPE et Supertramp du groupe nantais Tramp Expérience.

Hier soir, certains étaient émus aux larmes et plusieurs ont même défailli dans l’ambiance surchauffé du Chabada, au point que lors du morceau final, celui d’un monstre de la chanson française : Laurent Voulzy avec « Rockollection », adapté pour l’occasion et interprété par l’ensemble des groupes et organisateurs, le public, pas vraiment pressé de partir, a repris en cœur les couplets en applaudissant à tout rompre.

« Il y a des soirées dont on voudrait qu’elles ne se terminent pas. Celle de vendredi en faisant partie », a écrit un spectateur enthousiaste, aux organisateurs, le lendemain.

Pour les organisateurs de l’association Cancer Osons ! cette première expérience plutôt réussi en appelle une seconde encore plus importante, comme l’a annoncé Yannick Sourisseau sur la scène du Chabada. « J’ai une grande nouvelle pour vous, nous revenons l’année prochaine avec un concert encore plus grand », a-il lancé au public en transe. « A l’année prochaine » ont répondu les spectateurs en quittant la scène angevine, félicitant au passage les organisateurs.

Une seconde édition qui va se transformer en véritable festival « Tribute », pour accueillir d’autres groupes d’hommage à ceux des années 60-70, est d’ores et déjà dans les tuyaux. Il s’agit pour les organisateurs de satisfaire le public intéressé par ce spectacle nostalgique et qui, faute de places, – le concert affichant complet trois semaines avant la date -, n’a pas pu obtenir le sésame qui lui aurait permis de vivre cette ambiance qui a rappelé des souvenirs de jeunesse à plus d’un.

Les photos du concert

Cancer de la prostate : en finir avec le tabou !

Un homme lors d’une visite en urologie dans un centre hospitalier (Photo Adobe Stock)

« Messieurs, de vous nous savons peu de chose. Les femmes ont l’habitude de s’exprimer, discuter, s’échanger des conseils, des astuces et des témoignages. Vous, – comment dire ? – moins … » écrivait Béatrice Lorant, directrice de Blu Magazine, un essai de nouveau media, lancé en 2016 à destination des hommes concernés par le cancer, et édité par Rose Association, structure éditrice de Rose Magazine, un support destiné aux femmes. Une tentative intéressante et qui n’a pas vraiment abouti et pour cause : chez les hommes, le cancer de la prostate ou des testicules, on n’en parle pas ou peu. C’est tabou

Et si les hommes n’osent pas en parler, même entre-eux, forcément ils ne lisent pas la presse qui peut les concerner, préférant se complaire dans le déni.

Et pourquoi refusent-ils d’en parler ? Parce que le cancer de la prostate fait peser un risque d’impuissance sur ceux qui sont touchés. D’autant que dans l’imaginaire collectif, les hommes impuissants sont souvent considérés comme des sous-hommes. Ce qui accentue le traumatisme des hommes touchés et leur désir de cacher leur maladie le plus longtemps possible, même aux proches.

Cette situation angoisse les hommes, au point que ceux qui ne sont pas touchés, n’osent pas en discuter avec les malades, préférant ne pas savoir ce qui les attend lorsqu’ils y seront un jour confrontés. Et certains ont tellement peur de la maladie qu’ils refusent même de consulter, voire de se faire soigner quand ils sont mis devant le fait accompli.

Ce sont souvent les femmes, leurs compagnes, qui posent les vraies questions, s’inquiétant de la baisse de l’activité sexuelle de leur conjoint. Craignant pour leur couple, des hommes tentent de masquer la vérité. Certains préfèrent quitter leur femme de peur que celle-ci se moque de leur problème d’érection.

S’ajoute à cette situation, dramatique pour certains hommes, le fait que des personnes, effrayées par la maladie, préfèrent détourner leur regard de la personne touchée. Ce qui accentue la détresse psychologique dans laquelle sombrent certains malades, repliés, la plupart du temps sur eux-même.

Et pourtant des hommes réussissent à sortir du bois. La parole se libère, à l’exemple du Directeur adjoint de l’information de TF1, Jean-Pierre Pernaut qui a annoncé son cancer de la prostate et son opération à l’antenne. Ou encore l’écrivain Tahar Ben Jalloun, concerné également et qui a fait de son cancer un roman : « l’ablation ». D’autre préfèrent avouer quand le spectre du cancer et des difficultés sexuelles se sont éloignés. C’est le cas du journaliste sportif Patrick Chêne, touché par un cancer de la vessie lequel a parlé de sa maladie et de ses difficultés une fois remis sur pied.

Alors que s’ouvre Movember, le mouvement international qui tente, à l’instar d’Octobre Rose pour les femmes, de mettre le focus sur les cancers masculins, il reste encore beaucoup à faire pour que les hommes, osent s’exprimer sur leur maladie. De la pédagogie d’abord pour que chacun, malades comme entourage, apprennent à mieux vivre avec le cancer, n’en parlent plus à demi mot, comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse. Il faut que les hommes apprennent à regarder la vérité en face, qu’ils osent sortir, aller vers les autres, et que les autres les acceptent, tels qu’ils sont. En parler, expliquer la situation, en sois c’est déjà une thérapie qui fait du bien à ceux qui ont osé franchir le pas. J’en parle en connaissance de cause.

Aider les hommes à en parler au travers d’activités sportives et culturelles, sur des terrains où chacun apprend à se respecter, à comprendre la difficulté que rencontrent les hommes, ni plus ni moins que les femmes, mais pour qu’ils osent enfin en parler et apprennent à mieux se soigner.

Moi-même touché et confronté à cette détresse, j’ai choisi d’en parler, sans attendre. C’est ce qui m’a conduit a créer l’association Cancer Osons, pour faire partager mon expérience et aider les hommes qui n’osent pas, à enfin franchir le pas. Ça fait tellement de bien de se libérer de ce fardeau.

Après Octobre Rose Angers, place au Concert contre le Cancer

Les hommes étaient présents à l’événement angevin d’Octobre Rose, avec parfois de belles moustaches, dignes des opérations menées dans le cadre de Movember…

Une fois de plus l’événement Octobre Rose, organisé ce dimanche à Angers par le Comité Féminin 49 a connu un grand succès. Plus de 12 000 femmes et hommes ont participé à cette matinée sportive, en courant ou en marchant, au profit de la lutte contre le cancer du sein. Mais pas que. Plusieurs associations intervenant dans le dépistage du cancer ou l’accompagnement des patients, dont Cancer Osons, participaient à ce grand rendez-vous

Originaire des USA où il a eu lieu pour la première fois en 1985, le mouvement Octobre Rose dont l’objectif principal est de sensibiliser les femmes au dépistage du cancer du sein, est arrivé en France en 1994, à l’initiative du magazine Marie Claire. Désormais, octobre est devenu le mois du cancer du sein avec l’organisation, sur l’ensemble du territoire, d’événements à succès qui permettent d’informer sur la nécessité du dépistage et de récolter des fonds pour la lutte contre le cancer.

Après les 31 jours d’octobre pour sensibiliser les femmes aux risque du cancer du sein, c’est Movember ( contraction de « Mo », moustache en argot australien, et November, novembre en anglais ) qui prendra le relais, début novembre, afin de mettre le focus sur les cancers masculins. Beaucoup plus récent qu’Octobre Rose, Movember a été lancé en 2003 en Australie. Très connu aux USA, ce mouvement dont la fondation créée pour l’occasion, incite les hommes à se laisser pousser la moustache pour récolter de l’argent pour la recherche autour des cancers des hommes, comme celui de la prostate et celui des testicules, est arrivé en France en 2012. Ce mouvement commence à s’installer en France, au travers d’événements moins ambitieux, d’autant que les hommes touchés le plus souvent dans leur sexualité et leur virilité, restent très discrets sur le sujet.

Tout comme le premier slogan d’Octobre Rose était « le cancer du sein : parlons-en », l’association Cancer Osons, qui s’inscrit dans le mouvement Movember, s’est fixée pour objectif d’inciter les hommes à « oser parler de leur maladie » et sortir du tabou derrière lequel la plupart des hommes se cachent.

Pour se faire connaitre l’association Cancer Osons organise un Concert Contre le Cancer, le 16 novembre prochain, au Chabada à Angers. Un concert « Tribute » avec des groupes musicaux qui reprennent les standards de groupes légendaires des années 70 – 80 (Pink Floyd, The Beatles, Supertramp, …), lesquels ne sont pas sans rappeler des souvenirs aux soixantenaires, premiers touchés par un cancer de la prostate.

Mais l’association ne compte pas en rester là. En organisant bientôt des balades sportives (marche nordique, running, vélo, …) à l’attention des patients en reconstruction après un traitement, des opérations de sensibilisation aux cancers masculins et bientôt des conseils diététiques adaptés aux traitements avec l’aide d’un praticien, l’association ambitionne avec l’appui de partenaires, d’organiser un mouvement de plus grande ampleur qui permettrait de faire oser les hommes, sans complexe, comme le font les femmes, pour en finir enfin avec le tabou.

Maintenant reste à savoir qui osera relever le défi avec l’association, pour faire de Cancer Osons un grand mouvement en France, pas seulement en portant la moustache, mais en osant sortir, parler, vivre et surtout rester vivant, le leitmotiv de l’association fondée par un journaliste angevin touché par le cancer.